La
symbolique : Elle
s'enracine au plus profond des êtres et des civilisations. Nos arrogances
de prédateurs et connaisseurs suprêmes altèrent nos accès
à ce protolangage, trésor de lien, de sens et d'essence. Les créateurs
et les spectateurs les plus cartésiens obéissent, sans le savoir,
à cet imprégnateur subtil qui influe sur nos actes et nos pensées.
Les messages reçus ont la particularité de pouvoir être librement
interprétés par chacun sans avoir de comptes à rendre à
l'autre ou aux dogmes explicatifs. Le parti pris architectural des nouvelles Archives
Nationales n'échappe pas à ces mécanismes de libre ressenti,
au-delà des intentions de création. |
Ressenti
architectural : L'éparpillement
ordonnancé des volumes rappelle un empilement de livres. Les tranches forment
des bouches ouvertes où les dents sont losanges. Ces alvéolages
réguliers, emblématiques de l'archivage, rappellent des alignements
mégalithiques comme ceux de Carnac. Hasard ou pas de la création,
ils représentent à merveille les origines du nom de la ville. On
retrouve aussi des menhirs, ou pierres fichées, dans les armoiries de Pierrefitte.
Ces symboles de fertilité et de perpétuation sont de bon augure
pour le site de la mémoire nationales. |
Pierres
fichées : En
m'inspirant des losanges qui rythment les façades j'ai uni deux pyramides
rectangles par leur base pour concevoir un octaèdre remarquable d'un mètre
cube. Pour réconcilier le géométrique avec le symbolique
et le pragmatique avec le poétique, j'ai fait appel à un nombre
exceptionnel, racine cubique de 2,
qui proportionne ce monolithe unique et énigmatique. Ce même nombre
magique a aussi la particularité de multiplier ou diviser à l'infini
par 2 le volume de mon menhir étalon. J'utilise cette originalité
pour générer une suite de clones, parfaitement homothétiques,
dont le volume se divise progressivement par 2. J'ai
baptisé ce standard Pf pour Pierres
fichées. Un clin d'il au standard
international de papier iso 216 dont le format le plus usité
reste le A4. Cette succession de doublement de surfaces, sans modification
de proportions, permet de faciliter grandement la circulation du savoir et de
la mémoire. Peu de gens savent que le modèle de base A0 =
1 mètre carré, et qu'il suffit du seul nombre exeptionnel
, racine carré de 2,
pour déterminer le rapport entre la largeur et la longueur et pour établir
les formats successivement deux fois plus petits. Par rapport à la surface
A0 : A1 = la moitié, A2 = le quart, A3 = le
huitième, A4 le seizième et
ainsi de suite. Par rapport au volume Pf0
: Pf1 = la moitié , Pf
2 = le quart, Pf 3 = le huitième,
Pf 4 le seizième et ainsi de suite. .Les
pierres fichées sont reproduites en plusieurs exemplaires pour incarner
chacune un moment historique. Leur différence de taille représente
leur degré d'importance pour la collectivité. Pour équilibrer
et relativiser la valeur des archives, les événements les plus ordinaires
sont déclinés en plus grand nombre et inversement, les plus extraordinaires
entraînent la rareté. In fine,1
pierre de 1 mètre cube, soit 1000 litres, implique 2
pierres 500 litres, 4 pierres 250 litres,
8 pierres 125 litres et 16
pierres 62,5 litres. Par équité métaphorique chaque série
de mégalithes totalise exactement le même poids. |
Scénographie
: Le manque
d'information sur le contexte et les contraintes ne m'empêche pas de dessiner
une mise en espace provisoire pour présenter mon scénario qui, lui,
est pratiquement arrêté. L'histoire commence à la porte sud-ouest
du site avec un éparpillement d'une partie des menhirs géométriques
sélectionnés par mon casting. Ils sont diversement couchés,
orientés et enterrés pour composer un lieu d'accueil chaotique et
énigmatique. Les citoyens sont invités, dans un premier temps, à
faire un premier pas dans cet espace chambardé. Chacun peut s'asseoir pour
discuter, méditer ou simplement se reposer. Cette interface intemporelle,
entre la cité et son passé, représente le tumulte hétéroclite
de notre mémoire collective. Elle s'étire le long du chemin d'accès
au Archives. Plus on avance et plus les volumes semblent se redresser et s'ordonnancer
en procession vers le cur du site de la mise en fiche de la mémoire.
Après un petit espace vide, cinq échantillons de pierres classées
à la verticale font face au cortège mégalithique. Ils s'affichent
en exemple d'une mémoire bien triée et fichée pour être
mieux compulsée. Le spectateur ou le chercheur découvre progressivement
la façade de l'édifice de l'architecte Massimiliano Fuksas
et les liens géométriques qui l'unissent aux pierres fichées,
menhirs emblématiques. |